"La prééminence de l'amour, ou plus exactement de l'idéal amoureux, dans l'archétype contemporain du couple ne serait pas non plus étrangère aux difficultés que rencontrerait celui-ci. Alors que, note le sociologue, "jusqu'à une époque récente, l'amour était un sentiment rare ou inexistant dans la vie de bien des individus largement subordonnés aux contrôles communautaires ou aux stratégies familiales, (aujourd'hui) l'expérience amoureuse est devenue un véritable impératif existentiel (...) en tant qu'expérience centrale de l'exploration de soi et qu'élément indispensable à la fondation de l'institution familiale". Autant dire une pression, autant qu'un Graal.
On pourrait d'ailleurs être tenté de rajouter une autre raison à la conclusion du sondage Sofres-Vivre Plus sur ce pessimisme des consciences vis-à-vis du couple : l'exacerbation du "moi" ou l'injonction si contemporaine "d'être soi-même", un autre impératif catégorique présumé transporter sans détour vers les jouissances de la vie.
Dans Be yourself !, au-delà de la conception occidentale de l'individu (Mille et une nuits, 2006), le philosophe François Flahault revient sur cette époque qui croit en l'individu : l'idée qu'on est soi (en soi, si l'on peut dire) et que c'est à partir de soi qu'on a ensuite des relations avec les autres. Or, rappelle cet auteur, l'homme n'existe que dans une interdépendance, précisément parce qu'il vit en société. De sorte qu'il convient probablement pour être soi-même, d'abord de penser à ne pas négliger la relation aux autres. Et, par-là même, à son conjoint."
L'enfer, c'est le couple?, par Jean-Michel Dumay, Le Monde, 10 février 2007
February 12, 2007
L'enfer, c'est le couple?
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